Archives d’Auteur: karmelak

evene en danger

Le rachat d’Evene par le groupe Figaro.

Mai 2007. Le groupe Figaro rachète Evene, premier magazine culturel sur Internet pour l’intégrer à son pôle « Nouveaux médias » (Figaro.fr, Sport24, Tvmag, Figaroscope.fr…), avec l’assurance du Directeur général adjoint du groupe, Pierre Conte, de donner « tous les moyens de poursuivre sa croissance de façon autonome et ambitieuse, tout en lui faisant profiter de synergies avec les autres activités ou marques du groupe. [Pour] faire d’Evene le référent pérenne du secteur… »[1]

Pourtant dès mai 2009, des coupes budgétaires contraignent la rédaction à revoir une partie des projets éditoriaux.

Fin 2009, certains des journalistes rémunérés en droits d’auteurs (assimilé par l’Inspection du travail à du travail dissimulé) ne voient pas leur contrat renouvelé et doivent cesser leur activité pour Evene.

Pendant toute cette période, l’encadrement d’Evene signale, à plusieurs reprises, à la Direction d’Evene et du Figaro, les problèmes de gestion de l’entreprise. Aucune réponse n’est donnée.

Le Figaro désavoue le projet qu’il a acheté.

En janvier 2010, le Figaro convoque toute l’équipe Evene pour présenter un nouveau projet Internet, Evene bis.

De site de destination, magazine culturel en ligne, Evene deviendrait un portail culturel, diminuant au strict minimum sa production d’articles, de critiques, de reportages, au profit d’une agrégation de contenus, d’achat de flux et du développement des contenus communautaires (alors que la community-manager a été licenciée en décembre 2009).

Le projet est rejeté de façon massive par l’ensemble des équipes qui proposent un contre-projet à la Direction et demandent qu’un compromis soit trouvé.

La Direction du Figaro fait momentanément marche arrière. En outre, elle reconnaît, en mars 2010, les problèmes de gestion rencontrés depuis trois ans et annonce à l’équipe éditoriale qu’elle ne sera pas impactée dans l’immédiat car les problèmes rencontrés sur le site résident davantage dans son ergonomie, sa fragilité technique et l’aspect vieillissant de son graphisme que dans l’éditorial.

Au même moment, Evene est contrôlé par l’Inspection du travail qui souligne l’illégalité des contrats d’auteur qui lient les journalistes à l’entreprise Evene (certains sont en poste depuis cinq ans) et dénonce une gestion des ressources humaines douteuse.

Contraint par l’inspection du travail à requalifier les contrats d’auteur en CDI, agacé par la rédaction qu’il qualifie de « Libé dans les années 80 » pour avoir osé remettre en question la pertinence éditoriale et économique du projet proposé, le Figaro lance un plan de licenciements pour motif économique sur la base du volontariat pour la survie du projet économique Evene, réservé exclusivement aux membres de la rédaction.

A noter : le nombre de requalifications forcées des droits d’auteurs en CDI ne concerne qu’une partie des journalistes en contrat d’auteur. La Direction ayant estimé que ceux dont l’activité n’était pas suffisamment importante ne se verraient rien proposer pour la suite.

Grâce à cette proposition, le Figaro espère se débarrasser de plus de 70 % des effectifs de la rédaction, ces mêmes personnes qui ont contribué à bâtir l’identité d’Evene.fr depuis plusieurs années. La rédaction passerait donc de 25 salariés (dont 13 à temps partiel) à 6 !

Le ton, en ce mois de mai 2010, se durcit ; la Direction faisant part de son refus de travailler avec « des gens qui n’aiment pas le Figaro », de poursuivre un projet éditorial « trop ambitieux », « trop prétentieux » et engage vivement les membres de la rédaction à se porter volontaire pour ce plan social déguisé. Soulignant au passage que si la rédaction refusait le plan de départs, les conséquences pourraient être désastreuses pour l’entreprise (dépôt de bilan) et les autres salariés d’Evene.

Que dénonce la rédaction d’Evene ?

Face à une Direction qui n’a cessé de changer d’avis sur l’avenir du projet Evene et qui cherche seulement à limiter les dépenses pour faire d’Evene un magazine au rabais, la rédaction d’Evene souhaite exprimer son indignation, sa colère et son désaccord.

La rédaction s’oppose à ce que le Figaro utilise une marque vidée de sa substance.

Elle demande que lui soit prouvée la faisabilité et l’efficacité (éditoriale et financière) du nouveau projet, convaincue de la non-viabilité du projet et de la fin imminente d’Evene si telle était la solution choisie.

Pour finir, elle refuse de payer pour des erreurs de gestion qui ne sont pas les siennes.

Que revendique la rédaction d’Evene ?

La rédaction d’Evene revendique une presse de qualité sur le Web, ouverte à une participation communautaire qui n’a pas pour autant vocation à remplacer les journalistes.

Elle défend l’idée selon laquelle la presse en ligne est une nouvelle forme de presse qui doit utiliser toutes les possibilités de ce nouvel outil tout en défendant les devoirs des journalistes (qualité, vérification de l’information, pas de plagiat…). Car être journaliste n’est pas un privilège, c’est un métier impliquant des devoirs.

Elle défend également un cadre juridique et réglementaire pour tous les journalistes du Web.

A ce titre, la rédaction réclame la régularisation de TOUS les contrats d’auteurs illégaux et non d’une partie comme c’est le cas aujourd’hui et demande également la mise en place de la convention collective des journalistes en remplacement de l’actuelle convention, inadaptée.

Evene défend la diversité et la découverte culturelle, la critique, l’investigation, la réflexion.

Evene appelle tous les professionnels de la culture, tous ses collègues journalistes presse en ligne, radio, tv, presse nationale et régionale, les lecteurs, le ministère de la Culture, les syndicats, les artistes à soutenir cette lutte pour l’exigence de qualité, de diversité culturelle et de liberté éditoriale.

LA REDACTION D’EVENE

soutenez.evene@gmail.com


[1]http://www.lefigaro.fr/medias/20070521.WWW000000708_le_figaro_acquiert_evene_le_premier_site_culturel_francais.html

1 commentaire

Classé dans Uncategorized

Hoye aux Instants Chavirés, à Montreuil

hoye

Trois personnages montent sur scène. Chacun prend sa place, aux cotés d’un grand écran situé au milieu du plateau. Les lumières se baissent. Un archet glisse sur une corde de guitare, et c’est parti ! Hoye, c’est le nom de la formation réunissant Vincent Fortemps au dessin (système cinémécanique*), Jean-François Pauvros à la guitare électrique  et Alain Mahé aux machines à son.

Hoye, c’est un combat dans la matière, c’est la trace déroutante que laisse pour un instant le mouvement de la lumière et du son. Le spectateur plonge pendant près d’une heure dans un univers en noir et blanc (gris aussi et surtout). Une suite de formes éphémères qui s’ébauchent, évoluent et aussitôt s’échappent. Souvent énigmatiques et à peine esquissés, les traits et les notes laissent une grande place à l’imagination.

Le trio livre au spectateur un univers visuel et sonore intense et sombre, entrecoupé par des éclaircies de lumière et des amorces de mélodies. Devant l’ écran , chacun se mêle de ce que regardent l’autre et l’autre, de ce qu’ils s’écoutent, tous s’entraînent intuitivement. L’un fait tourner la poulie du voisin, l’autre change les rails de voie, un dernier les replace et l’assemblage avance. Les sons bougent, courent dans les noirs agités vers les doigts brûlants de matière, mémoire d’une image noyée dans le mouvement de la lumière.

C’est organique, sans doute,  pas de schéma, peut-être une explication.

Hoye est un chevalement primitif qui bouge étrangement, en grattant sans rappel, sans feuille de route. Fortemps, Pauvros et Mahé ont jeté leur casque dans le vide. Après tout, un glissement, une chute, ça se dessine, ça s’écoute dans le fracas.
Vertiges de feuilles mortes et de fruits mûrs, Hoye avance jusque-là où seuls, ni Fortemps, ni Pauvros, ni Mahé, ne sont allés.

Doigts noirs, doigts nerveux, la matière de l’inquiétude.

* La Cinémécanique est une machine inventée par Christian Dubet et Vincent Fortemps, en octobre 2001 dans les locaux de la Fonderie du Mans, permettant la création d’images, en mouvement et en temps réel, par le biais de procédés mécaniques associant le dessin, la lumière et un capteur vidéo..

Vincent Fortemps / FRMK (Belgique) a commencé à travailler de la sorte en 2002. C’est un peu le “principe du cinéma, de l’animation, mais sans pellicule”. Une évolution de son travail en bande dessinée, qui en reste stylistiquement proche. Il dessine sur une feuille plastique transparente, surface qui se laisse attaquer, graver, recouvrir d’encre, nettoyer, et encore recouvrir d’encre… Une caméra placée sous sa table de travail en verre envoie les images sur  un écran.  Au même instant, des micros captent les bruits de la performance :  des griffes, du frottage .

Alain Mahé (France)
Saxophoniste tenor, compositeur. Il développe des musiques électroacoustiques, électroniques, instrumentales et improvisées. Il a notamment collaboré avec Ko Murobushi, Nan Goldin, Miquel Barcelo, Josef Nadj, François Verret, François Tanguy, Carlotta Ikéda, Pierre Meunier, Kaye Mortley…

Jean-François Pauvros (France)
précurseur de la guitare noise en France, il développe un univers qui l’amène à rencontrer les piliers de la scène d’improvisation anglaise : Evan Parker, Terry Day, Tony Hymas. Acteur du nomadisme musical il collabore avec les éxpérimentateurs Arto Lindsay et Sonic Youth. Il compose des musiques de film.

1 commentaire

Classé dans évènements, Uncategorized