Marko Turunen à Propos de Viande de chien au kilo

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Entretien avec Marko Turunen réalisé Par mail en Mai 09 par Carmela Chergui

 

Lors de votre entretien avec Olivier Deprez à propos de votre dernier livre, Base, vous disiez avoir choisi  les mêmes films colorés que vous utilisiez enfant pour couvrir vos cahiers. Comment avez-vous choisi les couleurs de Viande de Chien au kilo ?

 Pour l’édition finnoise de Viande de Chien au Kilo, j’ai choisi de travailler les couleurs à la manière de Base, et c’était une décision sans fondements. Il n’y avait pas de raison  que j’utilise des films plastiques pour ce livre. Pour l’édition française, j’ai recoloré le livre, mais cette fois à l’ordinateur. La qualité d’impression est nettement meilleure, le trait noir est net, et l’idée de l’ordinateur comme outil me convenait parfaitement. Viande de chien était une sorte de test. Mes livres ne se vendaient pas très bien et je me demandais comment y remédier et quels étaient les types de livres qui intéressaient les gens. J’ai donc fait le même genre d’histoires que j’avais faites jusque là, mais avec des animaux et des couleurs vives (exécutées maintenant sans défauts par un ordinateur). Les gens ont l’air d’aimer les animaux et les couleurs vives (je les aime aussi). Cette expérience fut, en quelque sorte, un succès. L’édition finnoise s’épuisa en un an et demi. Avec mes autres livres, j’obtenais les mêmes résultats en cinq ou dix ans. J’ai eu ma réponse. Les animaux et les couleurs vives sont un bon choix à faire lorsque l’on veut vendre. Nous allons maintenant pouvoir voir ce qu’il se passe en France avec des couleurs faites à l’ordinateur. Celles-ci auront-elles un impact positif sur les ventes ? Je l’espère !

 Les couleurs vives et fortes me sont naturelles. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai besoin d’expériences fortes si je veux ressentir quelque chose. Peut-être qu’il se passe en bande dessinée la même chose que dans le porno. On commence doucement, et plus ça va plus on a besoin d’images fortes.

 L’histoire de Liisa , votre mère, semble avoir été agencée par votre mémoire. Il semble que vous ayez tenté de rassembler tous les souvenirs qu’elle vous racontait lorsque vous étiez enfant. Avez-vous travaillé avec elle, lors de l’écriture de ce livre ?

 Oui. Le livre se compose de mes souvenirs, des anecdotes racontées par ma mère et d’un peu de fiction. Ma mère s’est montrée très sceptique à l’idée de ce projet et ne porte, aujourd’hui, que très peu d’attention à ce livre. Elle m’a interdit d’y raconter plusieurs histoires (même si j’ai publié bien pire ailleurs), comme celle où le chef de l’Armée du Salut locale avait essayé de la violer. Les anecdotes à propos de la famille de mon père n’étaient pas joyeuses non plus. Lors de la sortie de mon livre en Finlande, j’ai eu plusieurs messages furieux de ma sœur. Depuis, je n’ai plus de nouvelles d’elle, ni de son entourage. Je n’en souffre pas trop, nous n’avons jamais été vraiment proches.

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En parlant de votre père, vous énumérez de manière exhaustives toutes les étapes de sa carrière. Vous êtes-vous documenté ou s’agit-il, encore ici, de vos souvenirs ? Bien plus qu’un hommage à votre père, cette partie de votre livre semble en briser volontairement le rythme et la trajectoire, construits autour de votre mère.

 C’est, en fait, par cette histoire de lutte que j’ai commencé. Je voulais faire un livre sur la carrière de lutteur de mon père. Après avoir terminé cet épisode, j’ai senti qu’il manquait quelque chose : qui est ce lutteur ? N’y a t–il rien d’autre à en dire ? J’ai donc commencé à raconter l’histoire de sa vie, et pendant que j’y travaillais, ma mère lui a volé la vedette et s’est approprié le rôle principal. Je ne m’y attendais  pas, c’est arrivé comme ça. Ce point de départ, la base même du projet, s’est transformé. Il est devenu cette partie, presque séparée du reste du livre. J’admet avoir eu quelques problèmes à construire un récit solide et complet à partir de tous les morceaux que j’avais réuni.

Cette histoire de lutte est tirée des articles de journaux qui relataient les combats de mon père,  de son journal de lutteur (et d’un peu de fiction). Il ne luttait plus lorsque je suis né. Je n’ai aucun souvenir de sa carrière dans la lutte. Il avait une impressionnante collection de trophées, mais l’imaginer en costume de lutteur n’était pas si impressionnant que ça. Enfin ça ne l’était pas lorsque j’étais enfant. Il avait aussi été arbitre de football, ce qui m’allait beaucoup mieux.

 Dans votre travail, les gestes de la vie quotidienne semblent avoir une importance considérable. Pourquoi ?

 J’ai besoin de me souvenir. Ma vie se cache derrière mon travail. Je me souviens en lisant mes livres. Quelques petits détails ouvrent parfois des portes vers d’autres histoires. En général, mes livres sont les carnets de bord de ma propre vie. Ils m’aident à traverser des épreuves difficiles  et à accepter le malheur. Je ne parle pas de mes problèmes avec les autres.

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LIRE LE COMMUNIQUE DE PRESSE DE VIANDE DE CHIEN AUKILO

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Classé dans parutions frmk, photos, saines lectures

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