lettre offerte à mr le directeur du FIBD d’A.

    Le Frémok sera présent au Festival International de la bande dessinée d’Angoulême qui aura lieu du 26 au 29 janvier prochain. Yvan Alagbé y sera membre du jury présidé par Lewis Trondeim qui remettra les prix récompensant les meilleurs albums. Malgré cette apparente marque de considération, le Festival a, dans la biographie qui présente l’un des piliers de notre maison, laissé transparaitre le peu de cas qu’il faisait du travail éditorial du Frémok. Dans la mesure où cette condescendance, mêlée d’ignorance et de mépris masqué, dure depuis plusieurs années déjà, il nous a semblé nécessaire de faire paraître une « lettre offerte » à l’attention du directeur artistique du festival, monsieur Mouchart. « Mise au poing » nécessaire alors qu’on voudrait nous faire croire à tort que
    l’originalité paie dans le petit monde de la bande dessinée.
    Le Frémok sera néanmoins là et bien là. Outre Yvan Alagbé, Thierry Van Hasselt, Jean-Christophe Long et Marko Turunen feront le déplacement. Fantomette et êVêVê vous feront découvrir les dernières nouveautés notamment le tout-nouveau–tout-chaud Paysage avec Jeanne qui, l’aviez-vous deviné, n’est pas une bd!

Monsieur le directeur artistique de la Bédé,

Le Festival International de la Bande Dessinée d’A. approche de son pas de velours côtelé. Vous présidez aux velléités artistiques de cette manifestation que le bon sens charentais a eu la judicieuse idée de surnommer sobrement « la Bédé », témoignant de la délicate fusion qu’elle opère avec son objet. Chaque année, vous remettez dans ce cadre des prix que s’arrachent à juste titre les éditeurs de bon aloi. C’est Noël après l’heure et ceux qui ont bien travaillé reçoivent, comme c’est de raison, leurs cadeaux. Il n’y en a pas pour tout le monde. C’est le principe.

Vous avez cru judicieux, malin, futé, approprié, d’inviter à participer à votre « grand jury » un « éminent représentant de la bande dessinée poétique à petit tirage » . Qu’importe après tout de savoir si l’on doit cette honteuse initiative à monsieur Lewis T, car quand bien même cet individu au passé trouble eut été le coupable, il serait resté de votre responsabilité, au nom de la tenue artistique de la manifestation qui nous est chère, de prévenir pareille monstruosité.

Savez-vous seulement à quoi (et non à qui) vous avez à faire? En vérité, non. Pas le moins du monde. Aveuglé par quelque aura diffuse, par quelque influence supposée, vous avez vraisemblablement cru tenir là un moyen de vous prétendre à peu de frais l’ami de ces énergumènes échevelés auxquels vous donnez le doux nom d’ « alternatifs » et que l’on croise désormais dans votre bonne ville, rayant la page propre de vos illustrés préférés (ceux de votre enfance). Vous ne devriez pas faire des choses pareilles. On appelle ça se voiler la face en jouant avec le feu. C’est extrêmement dangereux.

Vous pensiez sans doute ne faire que quelque menues et utiles concessions à l’air du temps. Alors que divers sauvages et sapajous se sont désormais disséminés à qui mieux mieux, vous pensez peut-être, comme certains gros esprits de l’édition, que des formes affadies et colorées sauront dans le même temps contenter l’ouaille que vous flattez et la détourner de sources plus radicales. Peut-être tablez-vous même sur la disparition des éléments les plus indésirables ou remuants comme tous les ventripotents dignes de ce nom (auxquels vous revendiquez par ailleurs de ne pas appartenir). Grave imprudence. Erreur d’appréciation. Faute de goût.

Pendant le temps où vous recevrez dans votre salon (et dans un restaurant choisi à votre convenance) votre « éminent représentant » d’une bande dessinée poétique dont vous n’avez pas même vu la queue, ses acolytes seront cachés en plein coeur de la foire que vous convoquez. On parle d’un Président, d’une Mère des vivants, mais aussi de celui que plusieurs d’entre ces brûmates vénèrent comme l’Infant d’Or, un certain Marko T. dont vous vous employez à tort à nier l’existence. Sans compter les va-nu-pieds que vous parquez chaque année de différentes manières avec parfois fort peu de civilités. Vos invités, consentants ou pas, les côtoieront sans qu’aucune mesure de sécurité puisse prévenir les contagions. Rien ne garantit et surtout pas vous, qu’ils ne vont pas profiter pour gagner foules d’adeptes et horrifier le bon peuple.

Vous pourrez toujours dire, pour garder contenance, que c’est tout à fait ce que vous souhaitiez. Vous qui, par hasardeux calcul, vous prêtez à leur plans, pensant en tirer quelque menu profit, vous n’avez aucune idée de leur véritable nature. Vous vous mouchez dans du coton, vous vous délectez d’arrière-garde soft, vous vous parfumez d’avant-garde molle. Pendant ce temps, dehors ça crache, ça noircit, ça vomit et éructe. Excusez mon franc-parler, mon bonhomme (permettez-moi de vous appeler ainsi) mais il faut appeler un chat un chat, un tigre un tigre, un lycanthrope un lycanthrope. Votre bande dessinée poétique c’est du Frémok. Ni plus ni moins. Ce n’est du petit tirage que dans vos rêves et votre bibliothèque. Et votre lascar, je vous le dit tout de go : IL EN EST. Répétez après moi : FRMK.

Quand votre comité a eu l’audace de nommer lors de la création de votre Prix du Patrimoine, l’ouvrage Lycaons, recueillant les pages parues à la fin des années 70 de celui que l’on présente désormais couramment comme le Pape du Frémok , vous pensiez sans doute qu’un bon indien est un indien mort. Vous vous étiez bien gardé de distinguer jamais d’oeuvres plus récentes de cet Alex B. Le problème est qu’un frémok mort est toujours vivant. Et d’ailleurs le sombre individu n’a pas plus tard qu’au mois de juin dernier mis un troisième volet à son oeuvre maîtresse, les Lettres au maire de V., avec le joliment nommé Pornographie d’une ville. On croirait entendre parler de votre bonne ville d’A. n’est-ce pas?

Bien sûr vous vous êtes rattrapé depuis et je vous accorde que la meilleure façon pour que les terribles ouvrages produits par ces inconvenants indigènes ne tombent pas entre toutes les mains, est bien de les priver de la possibilité même de participer à la sélection parmi laquelle votre grand jury est amené à choisir ses lauréats. Le Frémok est mort, chacun sait ça, et certains aiment le répéter pour se rassurer. Ils ont tort. Le Frémok est mort, bien entendu, c’est même tant qu’à faire la Mort elle-même. Ou la Vie, comme disent les indigènes, mais vous savez quel crédit apporter à leurs propos. Quoi qu’il en soit, c’est pour cela qu’il est partout. Pour ça qu’il est si dangereux. Moi-même, qui me suis longtemps opposé à la chose, m’y suis rendu. Vos manoeuvres et vos imprudences, j’en ai peur, ne font qu’aggraver la situation. Le Frémok gagne chaque jour du terrain et cela même à chaque coup qu’on lui porte, à chaque déni qu’on lui oppose, en secret ou au grand jour, et on n’a rien trouvé à y faire. Il vous emmerde.

Le Frémok cette poétique dont vous ignorez totalement la nature, signe des temps, on la trouve désormais même chez des éditeurs que vous jugez respectables. Elle se dissimule en fait même au coeur de votre sélection, béante comme un trou noir. Faites comme si de rien n’était.
Cachez les Vampyre et autres putains derrière votre petit doigt, ils seront quand même bientôt prêt à manger des lézards noirs et crus. Ils vous donneront Matière à penser, ils ouvriront leurs fesses pour vous jeter à la gueule des nuages de sauterelles… et devant les ravages causés à l’économie de votre belle région (qui vous le savez a tant misé sur vos élucubrations), vous aurez l’air fin, monsieur le directeur.

Je n’accorde personnellement que peu d’importance à ces enjeux financiers (d’ailleurs c’est l’artistique qui vous concerne, n’est-ce pas?), mais je crains pour vous. Oui. Pour votre confort et même pour votre vie. Continuez à fermer les yeux, monsieur le directeur. Pour ne pas voir flammes politiques, poésie, appétit, rage. Fermez les yeux et priez. Mettez votre espoir dans vos saints patrons, dans vos grosses ficelles, dans les rondes icônes de votre jeunesse. Priez pour que, à la moindre occasion offerte par les sombres hasard de l’existence, ils ne viennent pas, impitoyablement, cruellement, profondément, et pourquoi pas avec délectation, VOUS MORDRE LE Q.

Votre éminent et dévoué
Albert Y., retraité

Pour mémoire, en 2006 la Farmakopée du Frémok s’est enrichi de près de 600 feuilles venimeuses réunies en 6 volumes :

Martin Tom Dieck: Vortex
Marko Turunen: L’amour au dernier regard
Alex Barbier: Pornographie d’une Ville
Alex Barbier et Vincent Bernière: Lettres au Pair de F.
Lewis Carrol: Les aventures d’Alice au coeur de la Terre
Anke Feuchtenberger et Katrin de Vries: La Putain P

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Classé dans politique intérieure, revue de presse

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